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 [E.C.] You're a lone disaster

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Lullabye.
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MessageSujet: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Mer 15 Sep - 21:22

You’re a lone disaster



    Equinox


Plüm : Je ne sais pas ce que je fous là, pourquoi mon corps inerte reste sur ce siège inconfortable alors que ma tête m’hurle de partir sur le champ avant que ces quatre murs au blanc trop acide ne s’effondrent sur moi. J’ai le cœur qui tremble et la peau qui palpite, des sueurs froides descendent le long de ma nuque et remontent sur mes mains : moites. J’ai l’air idiote avec ce pull de collégienne et ces baskets à dix euros, comme débarquée de nulle part, perdue dans la jungle de la vie. Une vraie gamine : mal sapée, tête en l’air, pataude et prête à bégayer un baragouin absurde au premier qui m’adressera la parole. Je ferais mieux de fuir en courant maintenant, quitte à en défigurer mes chaussures en toc, avant de perdre le peu de dignité qu’il me reste –si dignité il me reste encore-. Malgré cela je reste là, à attendre, telle une juvénile dont on a attisé la curiosité malsaine de l’interdit, du paradis prohibé, du dernier étage. Ce que j’attends ici, le cul sur un siège plus tout jeune ? J’attends de savoir, de percer le mystère, de voir où ça pourrait me conduire, tenté que ce ne soit pas un canular.

« Recherche, jeune femme de préférence, pour accompagnement psychologique d’une personne défaillante, n’ayant aucune addiction de quelque sorte que ce soit. »
Voilà ce que disait l’annonce punaisée sur le panneau d’affichage à l’entrée de ma fac’ il y a une semaine. Panneau que je miroitais chaque matin en espérant qu’une proposition faite pour moi, toute jeune étudiante que je suis, puisse tomber du ciel comme par miracle. Mes lamentations pitoyables de jeune fille sans boulot pour ces deux longs mois d’été avaient semble-t-il finis par être entendues. Ou bien Selena et Aaron avaient été exténués de m’entendre me larmoyer sur leurs épaules entre Titanic et un paquet de mouchoirs, me répétant l’un après l’autre que « Non je n’étais pas un déchet qu’ils feraient mieux de laisser sur le trottoir public », que j’aurais dû m’y prendre plus tôt, comme toujours je faisais tous à la dernière seconde et qu’un Leonardo devait bien avoir été conçus spécialement pour moi, le côté iceberg en moins.
Je suis persuadée qu’ils ont tous manigancé : la fausse annonce, le faux mec qui a composé mon numéro, la fausse salle de torture angoissante dans laquelle j’agonise actuellement. Même les « N’y vas pas », « Ca à l’air bizarre ton histoire » et autres « Elles sont louches les mentions en bas. Tu les as bien lus ? Pourquoi est-ce qu’ils auraient besoin d’une photo de toi en entier ? Puis le coup du salaire à discuté, ça présage rien de bon » d’Aaron ont dû être prononcé pour renforcé ma curiosité. Vilaine curiosité maladive. C’est du tout vu, du tout calculé, je pourrais presque les entendre pouffer de rire derrière cette porte noire.
Ladite porte s’ouvre sur un homme qui doit bien taper dans les quarante cinq ans, une tenue non professionnelle sur le dos. Ca me rassure et je sens tout de suite ma tension baisser d’un cran. Bienvenu dans le club des loosers qui devraient faire un relooking de saison.

    - Plüm c’est cela ?, me demande-t-il en m’incitant à entrer.
    - Heu.. Oui, oui, c’est bien moi.


Je bégaye moins que je ne m’y attendais, mais je bégaye quand même. Plus : je ne bouge pas d’un millimètre, stoïque comme du marbre, à croire que le siège miteux a finit par ne faire qu’un avec mon postérieur.

    - Venez je vais vous conduire à ceux qui vont vous faire passer l’entretien.


Je me lève et avale ma salive d’une traite.

    - Ceux ? questionnais-je incrédule.
    - Oui : ceux.


Il eut dans le ton une façon agressive et rangée de me dire « taisez vous et suivez moi ». Ca envenima mon conflit intérieur et dédoubla mes craintes. Je me voyais déjà assise sur une chaise de plastique gris, au milieu d’une pièce aux lucarnes étouffantes, entourée d’une dizaine de personnes en blouse blanche, prêtes à m’injecter une substance calmante si je répondais faux à leurs questions théoriques. Je regarde beaucoup trop de films aussi.
Malgré mes élucubrations je le suis parmi de larges couloirs qui débouchent sur diverses pièces, vitrées et vides pour la plupart, et probablement soigneusement fermées à clés. L’endroit semblait désert : pas un bruit, pas de vent, un souffle coupé.
Le presque retraité me laisse dans le coin machine à café toujours en panne où l’on fait une pause entre deux dossiers, me disant qu’on allait venir me chercher bientôt ; puis il disparut dans une pièce aux murs bien épais, couleur crème. L’ambiance est plus chaleureuse, moins terne que précédemment, mais le lieu reste étrangement calme ce qui devient flippant.
Je pense qu’il a dû sentir que je n’ai rien à faire ici et a préféré prévenir « ceux » qui doivent m’examiner, ou bien stopper le fou rire des deux autres acolytes pour que l’effet de surprise soit parfait. Que ce soit l’un ou l’autre ça m’est égal, je vais finir les joies cramoisies, morte de honte, un joli spectacle. Je décide de m’asseoir sur un siège à l’aspect plus sympathique que le dernier sur lequel je me suis posée, en espérant que le flageolement de mes jambes passe inaperçu et disparaisse. C’est alors que je remarque deux hommes, plus jeunes que mon quarantenaire, qui discutent en face, près de la machine à expressos, en louchant un peu trop vers moi à mon goût. Je fais mine de les ignorer, réajuste mon pull en coton et regarde les affichettes sur le mur d’à côté. De ma place ça ne ressemble pas à grand-chose, on dirait des flyers de sorties de métro qu’on vous fourre dans les mains sans vous demander votre avis. Je m’approche et ausculte les bouts de papier ; de plus près je rectifie : des flyers de sortie de concert. Je ne connais pas un seul de ces artistes au nom plus extravagants les uns que les autres et le trait commun de ces prospectus est la mention du groupe Universal Music. Mais qu’est ce que c’est que c’est endroit ?
Ma question est interrompue par la conversation de ceux qui sirotent un café certainement amer, semblant oublier que seulement quelques mètres nous séparent que nous sommes affreusement seuls entre ces cloisons.

    - Elle est mignonne, pas jolie, juste mignonne.
    - Presque banale.
    - Ca va les changer. Surtout lui.
    - Tu m’étonnes. Celle-là il risque pas de se la taper.
    - C’est sur.
    - L’autre par contre peut-être, t’as vu comment elle est plate ? Un verre de trop et hop il l’a prend pour un mec.
    - T’abuses.


Le ton baisse lorsque je les fusille du regard. Et alors ? Jane Birkin aussi a une petite poitrine, ça l’a pas empêché de se taper Gainsbourg. Loosers. Il y a trop de loosers ici, on va finir par monter un club.
J’entends le mot « indemne » échappé des autres avant que la porte ne s’ouvre. Je fais volte faice et me retrouve nez à nez avec mon interlocuteur.

« Bonjour, Plüm je présume. Je suis Benjamin, je vous en pris, entrez donc. »

Ca avait tout l’air d’une porte ouverte sur la fin du monde, un pass pour le stade final. Une odeur de terminus.


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Dernière édition par Lullabye. le Sam 9 Oct - 14:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Sam 18 Sep - 11:52

Bill : Hm t’es mignon toi. Pourquoi je rigole ? T’es mignon mais débile, j’ai pas entendu de paroles aussi idiote depuis la cours de récréation. Tu sais la maternelle, ce genre de propos que nous, petits enfants diablotins, pouvions tenir. Je te ferais pas un dessin ça niquerais ma jolie manucure. T’en vaux pas la peine. J’ai l’air d’une pouff sortie d’on ne sait où ou d’on ne sait qui. Je rigole pour te faire bander connard. Me regarde pas comme si tu pouvais me plaire, tu me répugnes, toi autant que la nana qui tripote mon frère indécemment devant mes yeux. Elle a pas intérêt à le faire jouir, j’ai pas envie de savoir ni les lieux, les positions ou le nombre d’orgasmes –vrais ou simulés- demain matin au réveil. Parce qu’il aime ça : raconter ses ébats héroïques de baiseur au bord du lit défait d’avoir déjà été souillé par une autre.

    - Oh vraiment ? La tête qu’elle a dû faire, dis-je l’air intéressé.


Tout ça pour lui faire croire que je m’intéresse un tant soit peu à ce qu’il me raconte. Tu jacasses trop, tu m’ennuies. C’est d’un vide ce que tu me racontes chéri. Je feins de rire –non en vérité je pouffe un peu moins bruyamment, je penche la tête légèrement en ailleurs, la redresse, le regarde droit dans les yeux en baissant le ton, puis roule des yeux-. Il sourit timidement. Rêve pas mec, je baise pas n’importe qui et certainement pas les types de ton genre.
Je le fixe à nouveau, l’air sérieux, un sourire pervers sur le bout des lèvres, un de ceux qui en disent long : malicieux presque mesquin. Il se tait : seconde bouche en amande maladroite. Je fais signe à Tom qui cesse un instant de reluquer la poitrine imposante de sa compagne pour observer le garçonnet, puis je quitte la table laissant traîner derrière moi quelques billets. Le gamin réfléchit éphémèrement et se décide à me suivre.
Je sors de la boîte de nuit, mes clés de bagnoles à la main et avance jusqu’à cette dernière. Les rétroviseurs m’affirment qu’il me cherche au milieu de la foule –satanée loi sur l’interdiction de fumer dans les établissement public doit-il se dire à cet instant précis-. Je monte dans mon Audi noire et actionne le moteur qui vrombit doucement tel un ronronnement félin. Il m’a enfin aperçu, un mélange entre de l’incompréhension, de la colère et du désillusionnement défigure son doux visage. Je jubile. Je démarre à tout allure, fier de ma soirée, la victoire délicieuse embrume mes sens autant que l’alcool qui circule dans mes veines. Ce qu’il avait l’air idiot « Oh vraiment ? La tête qu’il a dû faire ? ». Retour à l’envoyeur, pour qui tu m’as pris ? Une âme solitaire mal-baisée, dénuée de goût. Faut être subtile gamin, je suis extrêmement difficile en matière de cœur perdu.


    - Bill réveille-toi putain !


Je grommelle pour toute réponse. Ma tête va exploser et je n’ai certainement pas l’intention de quitter mon lit adoré, et ce sous aucun prétexte. Je sens Tom tirer ma couette et montre les crocs en signe de protestation. Tu touches encore à ce bout de tissu et je t’éclate la tête sur notre plancher de séquoia dès lors que je serais debout.

    - Putain Bill faut que t’arrêtes de te prendre des cuites si t’es pas capable de te lever le lendemain. Maman arrive dans moins de deux heures et t’as vu le bordel qu’il y a dans l’appart’ ? Magne-toi le cul.


Il y eut comme une détonation dans mon crâne à partir du mot « Maman » et le « moins de deux heures » n’a rien arrangé à l’affaire. Je me suis levé d’un coup, l’esprit toujours dans le brouillard et les connections nerveuses de mon cerveau toujours disjonctées.

    - Eh beh, t’en as mis du temps pour te bouger.
    - Ta gueule.
    - J’admire ta bonne humeur matinale. Bon tu t’occupes de ta chambre et de la salle d’eau, je fais le reste. Et s’il te plait ferme à clé l’armoire de la pharmacie, ou fout les boîtes ailleurs j’ai pas envie qu’ils tombent dessus.


J’acquiesce vaguement de la tête alors qu’il quitte ma chambre, puis me met à ranger celle-ci facticement. Je fourre en vrac la montagne de fringues qui jonchent le sol dans mon dressing, enferme les babioles qui traînent dans des tiroirs et verrouille ce qui peut l’être. Mon lit doit être fait, impeccable, aussi parfait qu’il puisse l’être et je m’en sors plutôt mal. Le résultat me déplait, et je déteste pertinemment qu’un résultat me déplaise. J’hurle :

    - Pourquoi t’as pas appelé Anna ?
    - Parce que j’me suis levé tard aussi, et le temps qu’elle arrive c’était foutu, répond-il sur le même ton.
    - T’avais qu’à en appeler une autre. Ca doit être trouvable une bonne non ?


Il ne dit rien évidemment. Putain je veux qu’il soit beau mon lit, qu’il n’y ait pas un drap de travers, il pouvait pas se lever plus tôt cet enfoiré et nous trouver quelqu’un pour faire le sal boulot ? Il est tout fier de pas avoir oublié que Maman et Gordon passait aujourd’hui mais en vérité il a dû s’en souvenir il y a dix minutes à peine sur un post-it accroché sur le frigo par les soins d’Anna. Ce qu’il peut m’agacer.


    - Alors comment ça s’est passé ?, nous demande Andréas.
    - Pas trop mal, ça aurait pu être pire. Elle a juste crisé quand elle a ouvert le frigo’.
    - C’est de ta faute ça, puis je te l’ai déjà dis la bière c’est pas de l’alcool c’est un truc pour te faire pisser.
    - Va te faire foutre.
    - Pardon ?


Je le regarde le sourire en coin et sourit. Il déteste quand je fais ça. Ca peut se voir sur son visage, il a un rictus significatif de son énervement qui se dessine au-dessus de sa lèvre supérieur. C’est un livre ouvert mon frère, une véritable fille niaise qui ferait mieux de temps à autre de se la fermer, au risque de se prendre un peu trop de vilaines choses dans la figure.
Nous avons passé l’après-midi à ne rien faire de passionnant, comme à chaque fois. J’ai aidé Maman à faire un gâteau quelconque, riant gentiment de ce qui devait être drôle et la plaignant sur ce qui devait la faire affreusement souffrir tandis que Tom et Gordon traitaient « d’affaires d’hommes » de leurs côtés. Chacun a prit une part de notre magnifique dessert –les chiens aussi ont eu le droit à leur morceau- et on a feint de respirer le bonheur tous les quatre. De l’extérieur ça avait l’odeur du bonheur, à l’intérieur je sentais le goût amer de l’hypocrisie me brûler la langue. Maman savait parfaitement que rien ne tournait rond ici, ça se voyait dans les regards tristes qu’elle envoyait vers la fenêtre quand elle pensait que personne ne la regardait. Elle mentait comme le vent qui respire, elle faisait semblant. Ca doit faire moins mal de prétendre, de se bercer de faux-semblant et de finir par y croire réellement. Ca me fait moins mal de savoir que tu vois qu’un quart de notre foutue réalité. Si tu savais Maman comme je t’aime.

    - Au fait ils ont pas dis qu’ils t’ont trouvé un nouveau psy’ ?
    - Nouvelle, Andréas, nouvelle.
    - Ouais, bref.
    - Elle arrive demain je crois. Je m’en fous de toute façon, elle tiendra pas une semaine.
    - …
    - Bon j’me tire, on s’fait chier ici et c’est pas l’heure de se bourrer la gueule.



Mon sac à la main je disparu du bar à l’atmosphère pas assez festive selon moi. J’avais d’autres desseins bien plus intéressants pour passer la soirée. La nuit risquait d’être longue.

J’espère que t’as des rêves petite sotte incrédule, je déteste l’ennui et l’ennui n’existe que loin des rêves. Pense à moi ce soir, et surtout : rêve…

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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Jeu 23 Sep - 8:50

Merci de prévenir sale gosse.

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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Jeu 23 Sep - 11:00

Derien.

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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Sam 25 Sep - 17:50

Plüm : Je suis les pas du dit Benjamin à tâtons, anxieuse. Quatre paires d’yeux me scrutent : deux femmes et deux hommes. L’une d’elle, une jolie blonde à l’allure élégante, posée contre une table, tourne la tête et fixe la fenêtre l’air vague. Elle doit d’ors et déjà avoir compris que je n’ai pas les qualités requises pour le poste. Je soupire alors qu’on m’invite à prendre une tasse de café, je refuse poliment, la caféine étant déjà bien présente dans mon corps. J’ai la tension suffisamment élevée pour le moment. Les deux hommes sont installés sur un canapé plutôt soft, l’un semble plus jeune que l’autre, probablement la trentaine, et ils n’ont absolument pas la même physionomie. Aucun d’entre eux ne porte d’habit de travail digne de ce nom, je n’ai pas pensé un seul instant que je passerais un entretien au milieu d’un calme non professionnel. La deuxième jeune fille, installée sur le rebord du sofa, me regarde intensément et entame la conversation, qui à priori ne s’adresse pas à moi.

    - T’es sur qu’elle va convenir ?
    - Non, je ne suis de rien. De rien du tout, rétorque Benjamin.
    - …
    - Tu n’as aucune addiction n’est-ce pas ?
    - Non aucune, je ne touche à rien, lui répond-je.
    - T’as le profil physique, mais t’es jeune, beaucoup trop jeune, continue-t-il.
    - Si c’est une question de compétence, je n’ai pas terminé mes études en effet.
    - Non, non, ça n’a rien à voir avec ça.
    - Les gens compétents ne s’en sont pas sorti mieux que les autres, dis l’homme le plus âgé des deux autres.
    - C’est juste que, t’as pas l’air d’avoir les épaules très solides.
    - S’il faut travailler dur, je le ferais, je sais être forte quand il le faut.
    - Tu ne sais même pas dans quoi tu t’embarques.
    - Votre annonce était pas très explicite…
    - Bon Benjamin on fait quoi ?, demande-le second assis sur le divan, l’air impatient.
    - Nath’ ? Elle te convient ?

    La jeune femme cesse de regarder dans le vide et je vois distinctement des larmes perler le long de ses joues. Elle me sourit timidement comme une mère qui espère le salut de ses enfants. Un regard emplit d’amour, de demande et de réconfort. Puis elle acquiesce de la tête et retourne à sa contemplation lointaine.

    - Moi elle ne me convient pas, dis le jeune solitaire grincheux.
    - Et quelle autre option on a ? Hein David ? … Qu’est-ce que ça coûte de la tester ? lui répliqua le vieux à l’embonpoint bientôt atteint.
    - La question c’est pas qu’est ce que ça nous coûte à nous, mais qu’est ce que ça lui coûte à elle ? Gamine t’as quoi, vingt-ans ?
    - Dix-neuf.
    - T’as envie de lui bousiller la vie à cette gamine Peter ? T’as envie qu’elle voit ce qu’elle verra ? C’est ça que tu veux, qu’elle suive le même chemin que le précédant et que ça lui bousille sa putain de vie qu’elle a pas encore commencé ?
    - …


« Tu ne devrais pas accepter, rentre chez toi, vis ta vie, mais ne reste pas ici, tu sais pas ce qui t’attend. »

David prononça ses mots à mon attention avant de quitter la pièce en claquant violemment la porte.
Je me demande si finalement ce n’est pas plutôt une blague du genre caméra cachée que l’on est en train de me faire. Leur coup est réussi, j’ai sérieusement les pétoches, et j’aimerais qu’ils cessent incessamment sous peu leur cirque, car ça ne me fait plus du tout rire.
Les deux blondes sortent d’ici à leur tour, nous laissant tous les trois seuls : Benjamin, le presque obèse et moi.

    - Il a raison Ben’, on ferait mieux de la laisser tranquille, on trouvera bien quelqu’un de plus expérimenté qui s’en sortira.
    - Mais on les a tous essayé Peter, tous. Il leur a fais tourner la tête à chacun d’entre eux, ou les a fais fuir.
    - Elle va fuir aussi, certainement plus rapidement que les autres.
    - Qu’est-ce que t’en sais ? Hun, qu’est-ce que t’en sais ?
    - … Joue pas le con, elle est naïve, c’est qu’une gamine. T’aurais jamais dû l’emmener ici.


Non, ça n’avait rien avoir avec ce que j’aurais pu imaginer, c’était hors contexte. Je me sens comme exclue de mon propre entretien, et j’ai la fâcheuse sensation d’être invisible. Parce que, vieux bouffi, la naïve elle t’as entendu. C’est une manie ici de dire à vois haute ce qui a pour habitude d’être craché derrière le dos des gens ?
Je tapote du pied par terre frénétiquement, et croise mes bras. Allô je suis là ? Il y a quelqu’un ? Les deux lutteurs en furie finissent par se taire et me fixent un long instant qui me parait interminable. Peter s’en va lui aussi, terminant leur violente discussion sur « Fais comme tu veux Ben’, mais t’auras ça sur la conscience. »

Ce dernier ne dis rien puis tourne nerveusement dans la pièce de neuf mètres carrés à peine. Il s’arrête devant la fenêtre qu’il ouvre et respire une forte bouffée d’air.

    - T’as entendu ce qu’on a dit, tu connais les risques que tu encours. C’est à toi de décider.
    - Les risques que j’encours ? Vous plaisantez ? C’était comme si vous parliez une langue étrangère.
    - …
    - Ce sont quoi les risques que j’encours ? C’est quoi la nature de ce job’ ?
    - C’est… Tu seras une sorte de baby-sitter à temps plein.
    - Une baby-sitter ? C’est une blague j’espère ? Tout ce tapage pour savoir où non si je suis assez forte pour jouer la baby-sitter.
    - C’est pas ce que tu crois Plüm.
    - Arrêtez de m’appeler par mon prénom comme si on se connaissait.
    - On te demande pas de t’occuper d’enfant, on te demande de t’occuper de quelqu’un de spécial. Quelqu’un qui peut te bousiller ta vie en claquant des doigts si tu tombes dans son piège. Il les a tous détruit avant toi, des spécialités, des réputés, des idiotes, des intellos. Toutes et tous, et ceux qui ont échapper à cela, ce sont juste enfuis avant la fin de leur contrat. La dernière était une psychologue très connue à Berlin, elle a tenue deux semaines, deux semaines sans péter les plombs, mais sans rien tirer de lui.
    - Lui ?
    - Tu comprends ? Ca ne sert à rien les diplômes, il y est insensible, tout le traverse et rien ne change. On a tout essayé. Je suis arrivé à un point de saturation où je n’ai plus aucune ressource pour déblayer ce foutoir, le remettre sur le droit chemin.
    - C’est un drogué c’est ça ?
    - C’est bien plus que ça, bien plus que tu n’as pu un jour imaginer. Sa vie ne ressemble en rien à la tienne, et s’éloigne fondamentalement des contes de fée.
    - …
    - Tu n’as pas de contraintes, si tu veux partir tu pars, le contrat n’est qu’un bout de papier et on ne t’embêtera pas. Est-ce que tu veux essayer ?


Mon cœur tremble sous ma poitrine comme si le flingue était sur ma tempe et que je jouais à la roulette russe. L’envie malsaine va me pousser suicide. La situation semble irréelle, parfaitement illusoire tel un cauchemar éveillé dont je ne me sortirais jamais.

Je murmurais un « oui » hésitant.

Game over.


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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Sam 9 Oct - 14:02

    Eclipse


Bill : Je penche ma tête en arrière et ferme les yeux. Ca m’enivre et percute mes neurones, me les bousille au passage parait-il. Je pourrais presque planer si j’en avais envie, juste voler au dessus des épaves de cette Terre. Je reprends mes esprits et regarde ma montre : 12h13. Déjà en retard, tant pis, ils attendront. L’eau coule doucement dans le lavabo, elle tourne, scintille, de jolies vagues se dessinent, azures, océanes et une tempête emporte tout sur son passage. Mon songe éphémère se dissipe me laissant un sentiment amer et désorientant en tête. Je tourne le robinet instinctivement, je me nettoierais le visage une prochaine fois, quand les effets seront moins déstructurants. Je range la boîte de pilules dont j’ignore le nom et la substance, balaye la poudre, recoiffe mes cheveux et quitte la salle de bain.
Mon sac à l’épaule je sors de la maison et monte dans ma voiture, direction le studio. Quelques fans m’attendent devant l’entrée, elles ont ce don agaçant de me mettre en rogne dès que je les vois, comme une envie de meurtre soudaine. Je pose mes lunettes Dolce&Gabana sur mon nez et m’engage dans les vestibules du bâtiment. Ils m’attendent tous, et je leur souris sournoisement. Puis mon regard est attiré par la créature étrangère qui se cache derrière Benjamin. Ils l’ont trouvé chez les SDF celle- là ? Mon dieu quelle banalité, à la limite de la laideur, hors de question qu’un thon pareil s’installe chez moi ou daigne me suivre. Sérieusement, ils m’ont bien regardé là ?
Je toise Dav’ du regard, plantant vertigineusement mes yeux cernés de noir dans ses prunelles fuyantes. Il m’évite comme il le peut, mais l’insistance que je lui porte finit par le déboussoler. L’ambiance dans la pièce se fait instantanément plus glaciale. Plus personne ne parle, le silence est roi, comme je l’espérais. Les cachets ont finit par me donner mal à la tête, et je n’aurais pas supporté plus longtemps ces piaillements incessants de personnes indésirables.

    - T’es en retard Bill, me dit Benjamin, la voix tentant d’être dure.
    - Je sais bien mon chou.


Je fais signe de la main au mec dont j’ignore pertinemment le nom de bouger, et je m’installe sans gène à sa place, un fauteuil en cuir noir posté devant la table de commandes. Benjamin jacasse dans mon dos, je joue au manège avec mon siège, tourne à droite puis à gauche, et m’arrête un instant. Je l’entends hausser le ton, mais rien ne parvient à mes oreilles, seulement un murmure désagréable qui me fatigue plus que la normale. Ma tête tourne, il serait temps que les effets de ces foutus médicaments arrivent, je commençais lourdement à m’ennuyer. Mes doigts tapotent sur des boutons ici et là, mais David stoppe mon élan, le visage sévère. Je ris amusé, comme enfant, comme avant.

    - Hey Benjamin, c’est mon nouveau jouet ?
    - Non Bill, elle n’a rien d’un jouet.
    - Viens par là petite, approche, n’ai pas peur du gentil petit Bill. Parce que je suis gentil Benjamin pas vrai ?
    - Tu t’es drogué ? Qu’est ce que t’as pris ?
    - Mais rien du tout. Dis c’est quoi ton petit nom ?
    - Putain Bill, te fous pas de ma gueule, ça se voit que t’es stone, tu rigoles comme un abruti. On peut pas te faire confiance deux secondes.
    - Ben’ tu m’emmerdes. Va te faire foutre.


Hors contrôle, je me lève d’un bond. J’ai la colère prête à lui exploser à la gueule et l’envie violente de lui en décrocher une sur sa joue droite. Dav’ riposte, me retient en arrière et me tiens fortement contre le dos du fauteuil. Il sait pertinemment que je n’ai plus la force de réagir, et doit se sentir plus puissant que jamais. Je lui crache à la figure en signe de désaccord. Il tourne la tête et ma salive dégouline sur sa joue, je reprends de plus belle un éclat de rire démesuré. Leurs têtes ahuries n’arrangent rien, ils devraient se regarder dans un miroir, ils sont pitoyables, plus lamentables tu meurs. J’vous baiserais jusqu’au bout, quoiqu’il arrive. Jusqu’au bout.
Mon rire devient illusoire, tout se trouble et je chavire. Je recule et petit à petit ma vue devient vague, mes paupière se closent. Plus rien n’existe. Néant.

Ma tête bourdonne, mon humeur devient massacrante. La pénombre détruit mes sens, j’allume la lumière qui se trouve à mes côtés et ça me bousille les rétines. J’éteins instantanément, essayant de me repérer à l’aveugle. A priori je suis dans mon lit, tout habillé, certainement une mauvaise cuite ou un bad-trip qui a mal terminé. Les évènements sont flous dans ma mémoire, et je ne pense pas vouloir qu’ils s’éclaircissent.
Je me lève à tâtons et me dirige vers la cuisine, j’avale une gorgée d’eau qui n’a pas la mérite de me réveiller, puis entre dans la salon. Tel un flash tout me revient, la gamine est là, assise sur le canapé à regarder une émission débile qui passe dans la boîte noire. Je me plante devant cette dernière et fixe mon nouvel être à tyranniser. Elle fronce les sourcils, puis plonge ses yeux azurs dans les miens. C’est qu’elle oserait me défier la gamine ? Tu sais à qui t’as affaire petite ? Bill Kaulitz. K-A-U-L-I-T-Z. T’as pas intérêt à la jouer maligne, il n’y a que moi qui joue ici, toi t’es juste le pantin.

    - Je t’ai permis d’entrer ici ?
    - Non.
    - En plus tu te permets d’allumer la télé, ce qui amplifie mon mal de chien insupportable.
    - C’est ton frère qui m’a invité. J’peux partir si tu veux.
    - Ouais, dégage, tu reviendras quand je t’appellerais.


Elle réagit sans s’opposer, ni s’indigner, comme si c’était normal, comme si de rien n’était. Cette idée ne me plait pas du tout, encore moins que la précédente. Je préfère lutter contre un ennemi ridicule que d’être ignoré comme un vulgaire passant. Mon corps est cependant trop embrumé pour que j’ai la rapidité de bouger, ou dire quelque chose, et avant même d’avoir finit cette pensée maladroite elle avait quitté la maison.
J’entendis la porte se refermer doucement, un bruissement à peine audible, rien qu’une poussière envolée.

Pourquoi toi ? Quel cœur ont-il à envoyer une jeune fille de ton âge dans la gueule du loup ? Hey petite princesse t’ont-ils dit que je te mangerais toute crue ? Que je boufferais les moindres parcelles de ton existence future, détruirais tes rêves et ne laisserais que les restes de ton être sans vie ?

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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Sam 9 Oct - 17:43

T'es complètement déjantée. J'dis ça à cause de ton Bill peut-etre, qui m'effraie, un peu. Mais c'est l'but, non?
C'est aussi pour ça que je rentre si bien dans leur univers, légérement fou, trop sombre, et si réel.

Dis, tu continues? (:
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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Sam 23 Oct - 10:14

Bah oui je continue Smile :



Plüm : J’ai le cœur qui vacille et l’impression désagréable que je vais vomir le peu de nourriture végétarienne que ma servit Aaron ce midi. C’est assez étrange comme idée, je suis bel et bien terrorisée par un être dont je ne connais ni le nom, ni l’apparence. Ils m’ont flanqué la frousse ces abrutis, ces managers fraîchement débarqués qui s’inquiètent probablement de la prise occasionnelle de cocaïne d’un chanteur novice dans le milieu glorifiant du sex, drugs and rock’n roll. Ce sont toujours les gamins paumés là où ils ne devraient pas qui testent les joies passagères du n’importe quoi, n’importe comment, pour l’extase éphémère que ça peut procurer. Souvent du moins. Ou dans d’autres cas, les vieux ridés qui ont perdu leur vie à ne rien vivre, leur existence à survivre, leur temps à dormir les yeux ouverts ; des pantins qui aimeraient retourner bien des années plus tôt et recommencer tout à zéro, c’est juste la substitution d’une potion de jouvence.
J’ai le sentiment amer que le gamin a décidé de me faire languir, il doit bien s’en douter que ses patrons m’ont fait passer un sale quart d’heure, me répétant inlassablement qu’il était la pire créature au monde. Il doit en être fier, c’est souvent agréable de se savoir tout puissant. Il est en retard et je déteste ça. Je déteste ça presque autant que je déteste la cocaïne. Gamin cocaïno-man tu as perdu toute chance de sympathie de ma part, -si espoir un jour tu eus envers moi-. Tu dois avoir le mental égocentrique d’un nouveau chanteur mal rasé à succès, admiré par une multitude de groupies plus maquillées les unes que les autres, alors un intérêt pour ma petite personne est certainement exclu de ta pensée.

Lorsqu’il est entré dans la pièce je me suis instinctivement rapproché de Benjamin. C’est vrai que vu sous ce jour, t’es plus intimidant qu’à la télé.
C’est fou ce que le monde est petit, hier encore ma cousine –de douze ans et quelques poussières- me parlait de toi, de ta voix divine, ta perfection incarnée, et ta beauté resplendissante. J’avais raison pour les gamines en furie, tort pour l’arriviste mal rasé. Alors comme ça le grand Bill Kaulitz, leader du groupe Tokio Hotel, est drogué ? Nouvelle du jour… Grande nouvelle du jour… Ca bouleverserait son petit univers à ma Natie –univers qui ne tourne finalement qu’autour d’une image méticuleusement filée d’un jeune homme au charisme et à l’énergie empruntés à quelques grammes de poudre blanche-. Je vais lui dire quoi ? Que son chanteur favori n’est qu’un détraqué –d’après ses managers-, désabusé par les substances qu’il prétend ne jamais avoir goûté.

Il me toise du regard d’une façon désobligeante. Qu’est ce que t’as à me fixer comme ça ? C’est mes fringues qui te reviennent pas ? Désolée, j’suis pas habituée de Dior et compagnie, faudra bien t-y faire, je compte pas te lâcher. Si t’avais vu le chèque qu’ils comptent me donner pour m’assurer que tu marches un tant soit peu droit, t’aurais halluciné. Le jour de ma paye, on reparlera jean toi et moi, et Vuitton aussi, parce qu’après tout, t’as beau faire le malin, mais t’as pas le dernier sac Vuitton pendu à ton bras, t’as juste le Longchamp de la saison dernière, et ça, ça veut tout dire.
Ces réflexions fashion sont interrompues par le rire sadique et dangereusement angoissant de Bill. Sans que je comprenne ce qu’il se passe, ni ce qu’il se dit, il s’est levé avec précipitation face à David. Il a pas l’air content du tout, mais alors pas du tout, on pourrait presque voir de la fumée rouge sortir de ses naseaux, ou narines. Pire qu’une bête enragée : un homme sous tendu par de la coke. Ca crève les yeux qu’il est hors de lui, totalement stone, borderline, out of system, perdu quelque part entre le rêve et le réel, au cœur d’un bad trip, à mi chemin de l’excitation morbide, près du gouffre, loin de la réalité, entre la vie et l’illusion. En plein Boum.

Et boum, il tombe. Un bruit sourd résonne, tout le monde se tait, puis chacun s’active. Ca doit pas être la première fois qu’il leur fait le coup, ils restent tous stoïques comme de la roche, impassibles, pas une once d’angoisse dans leurs gestes. David vérifie qu’il respire puis appelle le médecin attitré du pas-encore-overdosé-mais-pas-loin. Ca semble mécanique, comme si la scène avait été répétée des centaines de fois dans un vieux théâtre lugubre pour n’être destinée qu’à une unique représentation dont j’étais la principale spectatrice.
On attend, mes nerfs sont près à craquer, j’oscille entre une peur immaîtrisable et une colère naissante. Et j’attends longtemps comme ça, les jambes tremblantes et la nausée toujours présente, avant que son sauveur n’arrive. Une marionnette parmi les acteurs, un monsieur qui connaît parfaitement son rôle et le cadavre qui gît par terre. Il pourrait l’ausculter les yeux fermés. Combien de fois a-t-il prononcé ses mots « Il revient à la conscience. Voila Bill c’est bien, tiens prends ça. Rendors-toi maintenant. » ? Combien de somnifères lui a-t-il donné pour le renvoyer aux pays des songes où il se sent si bien ?

Son frère est là, près de la porte d’entrée, regardant la scène d’un air indifférent. Personne ne l’a vu arrivé, personne ne s’en soucis, tout le monde s’en fout, tout le monde sauf Benjamin. C’est le seul qui l’aide à porter le corps à demi inconscient du chanteur à succès vivant dans le rock’n roll et ses dérives. Ils sortent du studio, puis les autres vident la pièce les uns après les autres. David m’envoie du courage à travers ses mots avant de partir à son tour, d’ors et déjà préoccupé par une autre histoire d’homme d’affaire. Je me sens seule, vide et le cœur remplis d’idées noires et contradictoires. Mes jambes vacillent une dernières fois avant que je ne m’installe dans le fauteuil où il a perdu les sens.
Je quitte cet endroit désert ayant repris mes esprits : ma tête avait cessé de tambouriner contre ma boîte crânienne, et mes tremblements s’étaient stopper. A mon étonnement Tom est adossé contre la portière de sa Cadillac noire, fumant une cigarette et semblant en savourer chaque bouffée nocive. Il se tourne vers moi, je lui dis bye-bye en langage de mains, trace mon chemin, mais il m’appelle.

    - Attends !


A contre cœur je le regarde et me rapproche de lui. Il inspire une dernière latte puis balance sa cigarette à terre, l’écrasant maladroitement du pied.

    - C’est quoi ton prénom ?
    - Plüm.
    - …
    - …
    - Tu… tu veux venir chez nous ?
    - Je suis obligée ?
    - Non.
    - …
    - Enfin je crois pas, mais t’es payée pour ça, me dit-il tout en pointant du doigt son jumeau allongé à l’arrière de la voiture.
    - Donne moi l’adresse, je viendrais plus tard, je dois passer chez moi avant. Le temps qu’il se réveille il ne manquera certainement pas ma présence.
    - Non.
    - ? Non ? Quoi non ?
    - C’est dans le contrat ça, t’as pas le droit d’être vue, donc t’as pas le droit de venir quand bon il te semble chez nous. Donc tu viens maintenant, ou t’es virée.
    - Je travaille pas pour toi.
    - Non, mais Bill et moi on sait parfaitement comment arriver à nos fins.
    - …
    - Alors qu’est ce que tu décides ?
    - Comme si j’avais le choix.


Je monte dans la voiture, sans lui prêter attention, et fixe la vue de la fenêtre. Il fait gris, c’est maussade, ennuyeux, inanimé, près à te faire retourner en enfer, de perdre le goût de la vie et du risque. Gris à t’en donner l’envie de te tirer une balle en pleine tempe.


Il est gris comme tu l’étais le gamin, gris comme la fin de la vie et le début de la mort, une sorte de coma artificiel. Entre deux mondes. Dis moi, on perd tous un jour nos couleurs arc-en-ciel ?
Dis-moi, si je l’emmène loin de tout ça, est-ce que ça voudra dire que je l’aime plus que toi ?



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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Sam 23 Oct - 11:41

J'ai les nerfs à fleur de peau aujourd'hui, et tu viens de faire imploser tout ce que je retenais jusqu'à maintenant. Mon pauvre chateau de cartes qui tenait maladroitement debout et qui me permettait de faire bonne figure vient de s'effondre. Merde.

C'est quoi ce brouillard, ces nuages noirs qui donnent cette saveur si particulière à ma lecture? Tu les sors d'où? Parce que bordel, c'est rudement bon.
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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Ven 3 Déc - 21:15


Bill : Il est six heures du mat’, six heures seulement et je sais que la journée va être longue, longue comme une nuit d’hiver. Le soleil se lève déjà, doucement sans faire de bruit il éclaire d’une lueur orangée matinale les restes diurnes des nuits sans rêves.
Je lève mon store qui semble rouillé par la fatigue de n’avoir été que rarement utilisé. Mécanisme usé par le temps. Je m’appuie contre un mur et regarde par la fenêtre le spectacle de mère nature. La cigarette que je porte à mes lèvres me procure plus de plaisir que le cycle permanent du couché et levé du soleil. Tout finis par perdre de sa beauté, tout finis par être remplacé par des instants instables. J’ai les yeux trop explosés d’avoir trop vu pour admirer le paysage, pour savourer ces moments paisibles. Mécanisme détruit par le temps.

Je quitte ma chambre et entre dans la cuisine, le placard à alcool est quasiment vide, pas un centilitre de vodka ou de whisky ne traîne ici. Et le frigo est plein, plein de bouffe que mon corps ne pourrait jamais digéré dans sa vie entière, plein de trucs qui me donnent la gerbe rien qu’à la vue. Puis il y a les deux dernières bières de Tom et Andy qui me regardent avec insistance. J’ai soif mais je ne m’abaisserais pas à cette indécence : les bières c’est bon pour les Homer Simpson qui ont le bide qui ressort et des calories en trop. Tant pis, l’alcool se sera pour demain, faut juste pas oublier de dire à Anna d’aller en chercher.
C’est peut être un signe, un avertissement, l’idée que mon corps ferait bien d’être à jeun un peu. Puis à quoi ça rime d’être saoul à 6 :34h du matin ? Il y a personne pour m’amuser, Tom dort, Andy décuve quelque part et j’ai renvoyé l’autre chez elle. C’est quoi son prénom d’ailleurs à celle là ? Je suis même pas sur que quelqu’un me l’ai présenté. J’aurais mieux fait de la laisser rester, elle est peut être fun, j’aurais sûrement pu la rendre divertissante de toute façon. Tant pis.

On s’ennuie quand même quand on est clean. Ouais, on se fait drôlement chier.
J’enfile une veste qui traîne, cache ma chevelure noire sous un bonnet de laine, chausse une vieille paire de baskets et sors de la maison, en prenant bien soin de claquer la porte. Je monte dans mon Audi et fait vibrer le moteur ce qui produit un son harmonieux. La clope à peine allumée, je démarre à vive allure, manquant de dégommer quelques poubelles sur mon passage.
C’est une sensation doucement agréable de faire éclater le compteur, de regarder les visages d’effrois des passagers des autres véhicules, de calculer l’écart de vitesse qui nous sépare de la limite franchie depuis longtemps, de sentir le vent glacé nous transpercer la peau par un contact trop violent. Se sentir vivre quelques instants, freiner sec et haleter comme si l’air rentrait de nouveau dans nos poumons, comme une nouvelle naissance, un début d’existence, comme si le temps avait repris le cours de sa vie et qu’on en faisait partie. J’entends mon cœur battre la chamade, j’avais oublié que quelque chose vivait sous cet épiderme. Je pose ma tête en arrière sur le siège puis ferme les yeux.

« I don’t know where we’re going, I don’t know who we are. I can feel your heartbeat she said to me. I can feel your heartbeat running through me.»


T’es que les cendres de mon ancienne vie, l’âme de celui que j’étais, l’essence de ce que je respirais. Tu m’as tué de tes mains glacées, t’as entaillé mes poumons et tu les as laissé se remplir de gaz toxique.

« Stop stealing my heart away. »


Chienne de vie. Je coupe l’autoradio violemment, fais une marche arrière sans contrôle et redémarre à tout vitesse. Je pleure et j’ai putain de pas envie de pleurer, j’ai putain de plus envie de ressentir. Tout déconnecter, tout effacer, éradiquer, ne rien laisser, je veux tout détruire, tout bousiller, te supprimer de ma tête pour toujours. Je te détruirais, tu le sais à quel point je peux bousiller ta chienne de vie plus absurde que la mienne. Ton existence pathétique de salope au cœur de pierre qui se tape n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.
Je gare la voiture dans l’allée du jardin, arrête de respirer l’atmosphère étouffante un long instant puis reprend une bouffé d’air, haletant. Les larmes dévalent mes jours sans que je ne puisse me contrôler. Le coup violent que je donne dans le volant ne manque pas de me faire douloureusement mal. Je sors de ma bagnole, claque la portière brutalement, puis m’enterre dans ma chambre. Je m’enfile deux somnifères, retire mes vêtements que j’éparpille sur le sol. Le miroir de la pièce me renvoie l’image amaigrit de mon enveloppe charnelle, mes yeux se posent instinctivement sur les mensonges du passé :
« Wir kehren zum Ursprung zurück ».


Les origines de notre indécence, de cet enfer aux portes ouvertes où nous avons pénétré. L’origine de notre mort inéluctable. Respire, existe, meurt. Respire, vit, aime, crève.
Puis dort.

Je me réveille quelques heures plus tard, le soleil m’empêche de dormir plus, il me brûle les yeux, les incendie, pourtant j’ai sacrément froid. Je rabat la couette sur mon corps, et sur ma tête afin d’émerger en douceur. Des réveils et sommeils comme ça sont devenus inévitablement rares. Ca fait du bien de dormir des nuits sans insomnies de temps à autre.
Je reste dans cet état semi inconscient une dizaine de minutes, puis décide de me lever. J’enfile le premier tee-shirt de mon dressing qui est à ma portée et soupire. Tom est en train de prendre sa douche, j’entends le ruissellement de l’eau contre les parois résonner. Je toque à la porte impatiemment.
Je saccade : « Tom dépêche-toi ! Qu’est ce que tu fous là dedans ? Il faut pas trois heures pour se doucher. » et n’entends qu’un brouhaha inaudible en guise de réponse. La guerre cesse peu de temps après et mon charmant frère sort énervé de la salle de bain, une serviette enroulée autour de la taille. Il passe devant moi sans m’adresser un regard et claque la porte de sa chambre. Je retourne dans la mienne et commence à déballer une partie de mes vêtements sur mon lit. J’essaye d’assortir le tout harmonieusement et m’attaque aux accessoires. Le résultat finit par me satisfaire, même si d’autres chaussures plus claires auraient été idéales. Le fait d’être sobre inhibe mon habituelle mauvaise humeur générée par un tel déplaisir. Je prends soin de ranger correctement le bazar que je viens de faire, puis rentre dans la salle de bain.
J’en ressors une heure plus tard, parfaitement coiffé et habillé, comme souvent. Tom est posté devant la pièce et me regarde l’air farouchement énervé.

    - Tu te fous de ma gueule Bill ?
    - Hun ?
    - T’as passé plus de 30 minutes à choisir tes fringues avant d’aller dans la salle d’eau, t’aurais pas pu faire ça avant d’me dire de sortir ?
    - Oh ça va, tu vas pas en faire un drame, j’ai pas vu que j’avais mis autant de temps.
    - Tu mets toujours ce temps Bill ! Putain, tu me gonfles, je te jure que si t’étais pas mon jumeau je t’aurais éclaté par terre depuis longtemps.
    - Moi aussi je t’aime fréro.


Je lui souris et lui tapote l’épaule. Il tourne la tête et se barre à l’étage du bas, comme à l’accoutumée. Je retourne dans ma chambre et commence à la fouiller, avant de me résoudre au fait qu’aucun papier ne traîne dans mon jean d’hier, ni dans ma veste, ni dans un quelconque placard où d’ailleurs ne réside pas une seule trace de pilules. Les stocks se font vides ces temps-ci, c’est mauvais signe. Mes yeux dévisagent la pièce et j’aperçois que ce que je recherche est tout simplement posé sur mon bureau. Je sors mon portable de ma poche et compose le fameux numéro.

    - Allô ?
    - Oui…
    - Qui est à l’appareil ?
    - Bah celle que t’as appelé… Elle date du siècle dernier ta blague.
    - J’connais pas ton prénom idiote.
    - Tu pouvais éviter « l’idiote » aussi.
    - Ouais, désolé : mademoiselle.
    - C’est Plüm.
    - Ouais, okay. Bon rejoins moi au square, sur le banc à côté du grand chêne dans cinq minutes.

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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Dim 12 Déc - 17:39

Plüm : Le gamin vient de me raccrocher au nez avec un ordre au bout de la langue. J’ai l’envie hurlante de l’appeler pour l’envoyer se faire foutre, mais ma bonne humeur matinale me force à me retenir un instant, histoire de ne pas gâcher cette jovialité.
Aaron me regarde du coin de l’œil, il sait probablement déjà ce qu’il va se passer ou du moins il doit avoir une idée assez vague, mais pertinente.
    - Tu devrais démissionner. Maintenant.
    - On a besoin d’argent, tu le sais très bien. Et moi j’ai besoin de ce boulot.
    - T’en trouveras un autre, un vrai.
    - …
    - T’auras pas intérêt à dire que je t’avais pas prévenu. C’est à tes risques et périls.
    - A mes risques et périls… C’est pas un sérial killer non plus.
    - Qu’est ce que t’en sais ? Il a pas l’air net ton type.
    - Normal, il se drogue.
    - …
    - Quoi ?
    - Rien, on sait tous les deux pourquoi tu t’obstines.
    - Hm.


Ses yeux détournent des miens et il fait mine de m’ignorer. J’ai pas envie de penser, pas envie de comprendre, juste envie d’effacer son regard accusateur posé sur moi. Je soupire un court instant et fonce dans ma chambre me préparer.

Une dizaine de minutes plus tard j’avance à tâtons vers le banc. Il est assis comme un gamin de six ans, les jambes repliées contre son buste, une main les entourant. Il est emmitouflé dans un sweat gris et porte un bonnet noir, ce qui parait curieux en plein été au milieu de passants en tee shirt pour l’essentiel. Un vieux jean semble recouvrir ses jambes, et il a de vieilles adidas blanche pour l’occasion. Le tout est très éloigné de son habituel sens de la mode qui pouvait paraître inné, quoique certains en doutent.
Il recrache une longue bouffée d’air toxique en me regardant arriver, puis détourne son regard tout en continuer de fumer. J’arrive à sa hauteur tandis qu’il continue de fixer un horizon inexistant.

    - Allô ?


Il continue son exploration dans une ignorance parfaite de ma présence. Je garde mon calme et lui tapote légèrement l’épaule, la réponse est immédiate comme un réflexe corporel : sa main agrippe la mienne avec vigueur et ses prunelles hargneuses s’ancrent dans mes yeux. Un froid étrange parcours mon cœur. Il me lâche d’un coup sec. Des traces rougies sont dessinées sur mon poignet, ça ressemblerait presque à des scarifications en moins sanglant. Il m’a fait une peur bleue et mon cœur me donne soudain la gerbe.

    - Tu me touches pas c’est bien clair.


Je défais l’étreinte visuelle qu’il a instaurée, rompant inévitablement la domination et la peur qu’il essaye de me provoquer. Je secoue ma main un instant, relève la tête une fraction de seconde et le gifle. Celle-ci, il ne l’avait pas vu arriver. Ses yeux noirs sont remplacés par une appréhension. Il caresse sa mâchoire puis me dévisage de façon incompréhensible. Ses traits deviennent doux, ce qui m’étonne fortement. Il a presque la frimousse du gamin de six ans qu’il imitait. C’est étrange. Son expression a changé aussi vite que le vent fit onduler nos vies, une mélancolie s’est peinte sur son visage comme si l’hiver était revenu emportant tout les souvenirs heureux avec lui. Tu lui ressemblerais presque tu sais. Hey gamin souviens toi.
Il se lève du banc, son air s’est durcit de nouveau mais des traces de nostalgie se perdent dans ses yeux ébènes. Sa carapace n’est plus aussi solide qu’il aurait aimé qu’elle soit, du moins je suppose. Il avance doucement, les mains dans les poches, puis se retourne vers moi.

    - Tu viens ?


J’acquiesce du visage et le rejoint. On marche tranquillement, le silence pèse autant que l’atmosphère se fait lourde. On pourrait s’étouffer dans ce mutisme inébranlable.
Deux voitures sont garées dans l’allée, Tom doit être à la maison. L’ambiance ne va probablement pas s’améliorer. Bill ouvre la porte, je suis ses pas. Il balance son sac par terre et s’attarde dans la cuisine. Je reste figée dans l’entrée, comme une idiote.

    - Tu veux boire quelque chose ?
    - Non merci, ça va.
    - Tant pis pour toi.
    - …


Il sort une bière à la main, avance jusque dans le salon et disparaît de mon champ de vision, puis réapparaît.

    - Reste pas plantée là, viens.


L’endroit est mieux rangé que la dernière fois que je l’ai visité. C’est éclairé aussi, les volets laissent filtrer la lumière douce d’une journée d’été ensoleillée. Ca réchauffe les souvenirs maussades que j’avais de ce lieu. Je m’assoie sur le fauteuil face à la baie vitrée. J’ai toujours rêvée d’avoir un appartement avec de telles fenêtres, pour rêver ce monde et s’évader loin de lui.

    - T’avises plus de me frapper à nouveau.
    - Ca dépendra de toi.
    - Fais pas la maligne.
    - Hm…
    - T’façon tu tiendras pas deux jours.
    - T’as pas l’air si méchant tu sais.
    - C’est parce que j’ai rien avalé depuis ce matin.
    - Ah. Exploit du jour ?
    - Non, exploit de l’année.


Un sourire mesquin se peint sur ses lèvres, comme la dernière fois, identique à celui qu’il avait balancé à Benjamin, juste un peu moins angoissant.

    - T’es fier non ?
    - De ?
    - D’être ce que tu es.
    - Ouais. Rock star, riche, adulé, que demander de plus ?
    - …
    - …
    - Bill, t’es fier de qui tu es ?
    - …


Hein Bill, t’es fier de celui que tu es devenu ? De ce zombie coincé entre le réel et l’inconscience, à un demi pas du cimetière qui enferme des âmes au cœur du gouffre. Tu le sens cet être qui ne demande qu’à vivre de nouveau et qui bousille ton esprit de questions insensées ?


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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Mar 14 Déc - 19:19

Putain Choute. Ce sont tes mots qui sont incensés tu sais. Cette douce violence que tu m'envoies à la gueule et qui me tue à chaque fois.
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MessageSujet: Re: [E.C.] You're a lone disaster   [E.C.] You're a lone disaster Icon_minitime1Mer 15 Déc - 14:31

Bill : J’avais dis dans cinq minutes, elle a déjà trois minutes de retard, c’est déplaisant. Très déplaisant. Les secondes défilent et j’angoisse inévitablement. Je me replis sur moi-même, comme un instinct de survie. Sept minutes, bordel elle fout quoi ? Y’a quelqu’un qui lui a permis de me faire attendre ? Je suis Bill Kaulitz : K-A-U-L-I-T-Z, et on me fait pas attendre. Surtout pas en pleine journée, au milieu d’un square d’Hambourg, ou la moitié des gamines qui passent pourraient me sauter dessus sans prévenir. Mes mains tremblent et mon estomac me donne le mal de mer. J’ai l’impression que ma tête va exploser en milles morceaux, une crise d’angoisse se profile et la tension commence à être invivable. J’enfonce un peu plus mon bonnet sur mes oreilles, tentant de cacher chaque mèche noire qui pourrait trahir mon identité. Mon cœur tambourine dans ma poitrine si fort que ça en devient insoutenable, comme s’il allait percer ma peau et faire fondre mon épiderme pour s’éclater sur le sol d’avoir trop vécut.
Elle arrive au loin, la démarche monotone, parfaitement inconsciente de la pression qu’elle me fait subir. J’ignore sa présence quand elle s’approche près de moi, luttant intérieurement pour faire cesser ce trouble chronique et rétablir un certain calme. Elle fait éclater ma bulle lorsqu’elle me tapote l’épaule, c’est instinctivement que je lui empoigne la main. J’ai envie de lui cracher tout le désordre qui s’émane de mes entrailles, mais j’ai en horreur l’idée de me mettre à pleurer devant elle. Je la lâche et lui indiquant qu’elle ferait mieux d’éviter de recommencer. Elle me gifle violemment et tout s’arrête. Le monde tourne de nouveau, et je respire sans que cette peur hurlante ne contracte mes poumons. Plutôt laisser ce cœur m’étouffer de nouveau que de la remercier des dégâts qu’elle a causés et réparés.

Je soupire un instant silencieux, puis traverse le parc et parcourt les rues jusqu’à la maison. Elle ne dit rien et sa présence ressemble à un fantôme éphémère et pesant. Elle a l’air idiote parfois, à rester prostrée dans son coin, incapable de dire un mot ou de me regarder droit dans les yeux, comme maintenant alors qu’elle attend bêtement dans le couloir. On dirait une gamine perdue au milieu d’un monde d’adulte qu’elle fuirait avec envie. Et quand la conversation reprend et qu’elle revient dans la ronde elle semble plus âgée et plus forte que le plus endurci de nous, presque plus que moi. C’est une simple illusion qui se déguise dans ses paroles et qui déforme ses traits naïfs, une confiance en soi à peine perceptible étant inexistante. En vérité ça se voit au fond de ses prunelles qu’elle se ment à elle-même, qu’elle ment aux autres, elle est juste aussi faible qu’elle peut paraître, le reste n’est qu’un mythe pour sembler être à ma hauteur. Petite, descend de ce piédestal, le courage et la provocation s’assemblent si mal sur ton joli minois.

    - T’es fier non ?
    - De ?
    - D’être ce que tu es.
    - Ouais. Rock star, riche, adulé, que demander de plus ?
    - …
    - …
    - Bill, t’es fier de qui tu es ?
    - …


Je la regarde le sourire aux lèvres. Ses yeux gris azurés n’expriment rien de cette audace qu’elle m’a suggérée, ils sont aussi limpides que le ciel qui s’étend derrière nous, tristes et vide à la fois. Sa question parait la percuter plus qu’elle ne me touche. Si tu savais depuis quand ces remarques ne me m’atteignent plus, elles glissent sur moi et effleurent à peine mon âme. Parce que tu sais, je ne suis plus rien. Je suis mort depuis longtemps.
Je termine de boire ma bière et me lève du canapé sur lequel nous respirons des idées maussades.

    - Bon, fais ce que tu veux, mais tu sors pas d’ici.
    - Tu vas où ?
    - Dans ma chambre. Seul.
    - Hm.
    - Puis qu’est ce que ça peut te foutre ? Je suis chez moi, je fais ce que je veux, tu comptes pas me suivre comme un petit chien non plus.
    - Non, j’en avais pas l’intention.
    - Parfait.
    - T’as pas répondu à ma question.
    - Oh… Joker.
    - Hm.
    - …


Mes volets sont toujours aussi clos et l’ambiance aveuglément noire qui réside dans la pièce apaise un certain mal de crâne inoffensif, à trop penser au néant de nos vies je me froisse l’esprit. Etrange comme paradoxe. Je m’allonge sur mon lit et laisse la musique capturer mes sens. S’évader un instant et divaguer dans un monde parallèle où rien n’a jamais existé et rien n’a jamais disparu. Inspire, expire, réapprends à être et oublis tout.

«A heart that hurts is a heart that works. »

Je me réveille en sursaut, des sueurs froides glissent le long de ma nuque. Une sonorité assourdissante m’abrutie et tout s’assombrit devant moi. Je ne distingue rien, je ne sais même plus où je suis et j’ai la sensation que cette pièce me compresse dans un trop peu d’espace. Ma respiration se saccade, l’air s’absente. Je crève de l’intérieur sans pouvoir appeler au secours. Je balance mes écouteurs à terre et le silence m’explose à l’esprit comme des milliers de météorites qui bousilleraient la Terre à l’unisson. Je me lève d’un bond puis fouille à tâtons les tiroirs, il n’y a rien, qu’un néant. Il faut que ça s’arrête, que ça s’arrête maintenant. Je pousse tout ce qui se trouve sur mon chemin en titubant, j’explore manuellement le bureau et finit par tout balancer sur le sol. Je fracasse la chaise qui me fait obstacle ne manquant pas de m’effondrer à terre. J’ai froid, putain de froid ici. J’ai le sang qui se glace et je vais mourir dans ce trou perdu, dans cette chambre noire. Je vais crever maintenant, seul. Des larmes dévalent sur mon visage, je ne contrôle plus rien, je n’ai plus la force d’agir ni même de respirer correctement. Je replis mes jambes contre mon buste mais rien n’éteint ce qui brûle en moi. Tom. Tom, fais que tout ça s’arrête. Je t’en supplie. Tom, sauve moi.

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